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L'histoire du Blues

« Né dans le terreau du Sud des Etats-Unis, de la misère morale et matérielle des Noirs victimes d’une ségrégation impitoyable et volontairement humiliante, le blues a connu un destin totalement imprévisible. A l’origine musique ethnique de parias destinée exclusivement à des Noirs, elle est devenue, en moins d’un siècle , une des clés de voûte de la musique populaire dans le monde entier … » Gérard Herzhaft, La Grande Encyclopédie du Blues.

 

1895, cri du cœur, le blues exprime cette dureté de la vie pour un noir sudiste pendant la période ségrégationniste aux Etats Unis. Eloignés de tout, les Noirs se créent alors un no man’s land culturel propre. Leurs « work song » témoignent à la fois leurs espoirs et la dure réalité. « I got the blues », formule célèbre du blues revient comme un leitmotiv au fil des chansons. Refrain aussi répétitif que le travail qu’ils exécutaient dans les champs de coton du delta du Mississipi. La « house of the blues » est donc là, dans le milieu pauvre et travailleur de la Nouvelle-Orléans.

 

La musique Blues apparaît alors comme la musique du malin, que seuls les esprits mal tournés peuvent comprendre. Une légende urbaine veut que pour jouer, un chanteur de blues doit avoir vendu son âme à un crossroad par une nuit sans lune. Véritable légende dans les chansons blues, souvent racontée par Robert Johnson qui aurait vendu son âme au diable pour devenir un virtuose du blues.

 

En 1900, Ma Rainey, chanteuse itinérante, apparaît comme la première grande star du blues. Comme beaucoup de work singer elle s’inspire de vieilles chansons anglo-irlandaises, de ballades hispaniques et de griots; chansons populaires de l’Ouest africain. Neuf ans plus tard, William Christopher Handy grave son nom au fer rouge dans l’histoire de la blues music en écrivant la chanson plus que célèbre « Memphis Blues » On est face à un blues aux gammes pentatoniques joué avec des cuivres et des instruments à cordes. Jusqu’en 1920, c’est un blues rural, le blues des débuts avec des variantes importantes, marquant les différents styles locaux.

 

Le Blues va évoluer lors de la migration « libératoire » des populations noires vers des villes industrielles comme Chicago. Cette dernière étant un haut lieu de la ligue anti-esclavagiste. Johnny Shines (compagnon de route de Robert Johnson), Willie Dixon et Muddy Waters orientent la musique blues vers le Chicago Blues Electrique. Timide dans ces débuts, cette nouvelle tendance de la blues music a du mal à se faire une place dans les music-hall de Chicago. Il faut véritablement attendre 1928 pour que le Blues de Chicago soit reconnu à sa juste valeur. Avec ces chansons, le genre est alors au sommet de la popularité.

 

De 1920 à 1930, on entre dans la décennie du Blues Classique Féminin. Le 14 janvier 1920, Mamie Smith enregistre son premier disque « Crazy blues » Le succès est immédiat « Le blues n’en a pas fini avec sa culture orale, ses histoires à dormir debout, ses mythes funèbres mais il vient de franchir un cap crucial, atteignant au cœur tout ce pays noir. Ce monde fantôme aux yeux des Blancs, réveille ces limbes que l’écrivain Ralph Ellison dénoncera dans Invisible Man », rappelle Stéphane Koechlin. De ce succès, d’autres artistes blues se frayent un chemin auprès des maisons de disques. Bessie Smith, Ida Cox, Alberta Hunter enregistrent leurs premiers opus.

 

En 1927, l’harmonica fait son apparition dans la blues music avec le Memphis Jug Band. Un an après, un blues endiablé voit le jour avec le Boogie. Avec sa chanson blues « Boggie Woggie », le pianiste Clarence Pinetop’s Smith est le précurseur de cette nouvelle mouvance musicale.

 

En 1931, le petit monde de la musique blues bascule avec la création de la première guitare électrifiée de la marque Rickenbaker. Mister T-Bone Walker se lance alors dans un blues swing. Avec son look de dandy, l’auteur de « T-Bone blues » occupe une place à part dans l’histoire du blues guitar. « Il imposera son fameux riff (courte phrase d’introduction musicale répétée plusieurs fois de suite) dont s’inspirera l’initiateur du rock Chuck Berry. Beaucoup d’autres musiciens (Freddie King ou Eric Clapton) l’écouteront. B.B. King, l’un des maîtres du blues d’après guerre, lui empruntera un peu de son velours et Jimi Hendrix apprendra beaucoup de ce brillant showman qui sur scène (quelques années après Charley Patton), joue, guitare dans le dos, et fait le grand écart », étudie Stéphane Koechlin. Les enfants du Blues Swing actuels restent souvent dans l’ombre de l’illustre T-Bone Walker.

 

La richesse du blues est également constituée par sa pluralité. A la Nouvelle-Orléans, blues et jazz se mêlent pour donner le Rhythm & blues, ancêtre du rock. A Bâton Rouge et à Crowley la mode est un blues des marais, plus proche des racines. Clifton Chenier en profite pour faire connaître la musique acadienne: le Zydeco. Du côté de Houston, le son qui y retentit est plus électrique avec le « Texas Blues » de Lightnin’Hopkins.

 

Devant l’explosion du Blues de Chicago, les blancs commencent à s’y intéresser. Le blues peut enfin sortir de son cadre ethnique. Alors que Bob Dylan submerge la musique américaine, le blues acoustique occupe une place de choix. C’est la « renaissance du blues » Les jeunes nordistes font découvrir au grand public les artistes du blues rural des …

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